Elles ne sont cependant pas nuisibles, et peuvent même présenter une utilité marginale. Je lui proposai de boire un verre ; il n’aimait pas tellement les cafés proches de la fac, et me proposa de se retrouver chez Delmas, place de la Contrescarpe. Sans que je parvienne vraiment à me l’expliquer, il me parut tout de suite indélicat et presque impensable d’évoquer des souvenirs communs. Je ne parle pas un mot d’hébreu. Deux jeunes femmes de race variable s’avisaient de cette incongruité, et n’avaient dès lors de cesse de libérer l’organe de son abri temporaire. Avec soulagement je pus bifurquer vers un sujet d’ordre général, qui d’ailleurs validait son plan de carrière: Dans le cas de JorisKarl Huysmans, le problème se posait évidemment avec une acuité particulière en ce qui concerne À rebours.

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Pour eux il ne semblait y avoir aucun problème, ils ne se sentaient nullement concernés, ce qui ne faisait que confirmer ce que je pensais depuis des années: C’était possible, quoique surprenant. L’intérêt pour l’éducation est une vieille tradition socialiste, et le milieu enseignant est le seul qui n’ait jamais abandonné le Parti socialiste, qui ait continué à le soutenir jusqu’au bord du gouffre ; seulement là ils ont affaire à un interlocuteur encore plus motivé qu’eux, et qui ne cédera sous aucun prétexte. Il était dommage, me dis-je en poursuivant ma lecture, que Huysmans ait tellement insisté, dans En route, sur son dégoût de ses débauches passées ; peut-être, là, n’avait-il pas été entièrement honnête. D’après mes calculs, ça devait être à peu près l’heure où il sortait de son propre cours ; il répondit, en effet.

Ce document au format PDF 1. La présente page de téléchargement du fichier a été vue fois. Houellebecq, Michel – Soumission. Cette implosion sans soubresauts, sans vraie révolution, se développe comme un mauvais rêve. Ce livre est une saisissante fable politique et morale.

Romancier, essayiste, poète lu dans le monde entier, Michel Houellebecq a reçu le prix Goncourt pour son dernier roman, La carte et le territoire, en Du même auteur H. Lovecraft — contre le monde, contre la vie, Le Rocher, ; J’ai Lu, Rester vivant — méthode, La Différence, La poursuite du bonheur, La Différence, Extension du domaine de la lutte, Maurice Nadeau, ; J’ai Lu, Le sens du combat, Flammarion, Rester vivant suivi de La poursuite du bonheur édition revue par l’auteurFlammarion, Les particules élémentaires, Flammarion, ; J’ai Lu, Plateforme, Flammarion, ; J’ai Lu, La possibilité d’une île, Fayard, ; J’ai Lu, Préface à Auguste Comte, Théorie générale de la religion, Mille et une nuits, Interventions 2, Flammarion, La carte et le territoire, Flammarion, ; J’ai Lu, Configuration du dernier rivage, Flammarion, Non réconcilié — anthologie personnelleGallimard, J’aurais bien dû tâcher de prier, se dit-il ; cela eût mieux valu que de rêvasser dans le vide ainsi sur une chaise ; mais prier?

Je n’en ai pas le désir ; je suis hanté par le Catholicisme, grisé par son atmosphère d’encens et de cire, je rôde autour de lui, touché jusqu’aux larmes par ses prières, pressuré jusqu’aux moelles par ses psalmodies et par ses chants. Je suis bien dégoûté de ma vie, bien las de moi, mais de là à mener une autre existence il y a loin!

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Et puis… et puis… si je suis perturbé dans les chapelles, je redeviens inému et sec, dès que j’en sors. Huysmans, En route Pendant toutes les années de ma triste jeunesse, Huysmans demeura pour moi un compagnon, un ami fidèle ; jamais je n’éprouvai de doute, jamais je ne fus tenté d’abandonner, ni de m’orienter vers un autre sujet ; puis, une après-midi de juinaprès avoir longtemps attendu, après avoir tergiversé autant et même un peu plus qu’il n’était admissible, je soutins devant le jury de l’université Paris IV — Sorbonne ma thèse de doctorat: Joris-Karl Huysmans, ou la sortie du tunnel.

Dès le lendemain matin ou peut-être dès le soir même, je ne peux pas l’assurer, le soir de ma soutenance fut solitaire, et très alcooliséje compris qu’une partie de ma vie venait de s’achever, et que c’était probablement la meilleure. Pour différentes raisons psychologiques que je n’ai ni la compétence ni le désir d’analyser, je m’écartais sensiblement d’un tel schéma. Le 1er avrilalors âgé de dix-huit ans, Joris-Karl Huysmans débuta sa carrière, en tant qu’employé de sixième classe, au ministère de l’Intérieur et des cultes.

Enil publia à compte d’auteur un premier recueil de poèmes en prose, Le drageoir à épices, qui fit l’objet de peu de recensions hors un article, extrêmement fraternel, de Théodore de Banville.

Ses débuts dans l’existence, on le voit, n’eurent rien de fracassant. Sa vie administrative s’écoula, et plus généralement sa vie.

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Le 3 septembrela Micjel d’honneur lui fut décernée pour ses mérites au sein de la fonction publique. En il prit sa retraite, ayant accompli — les disponibilités pour convenances personnelles une fois prises en compte — ses trente années de service réglementaires. Il avait entretemps trouvé le moyen pf différents livres qui m’avaient fait, à plus d’un houellenecq de distance, le considérer comme un ami.

Beaucoup de choses, trop de choses peut-être ont été écrites sur la littérature et, en tant qu’universitaire spécialisé dans ce domaine, je me sens plus que tout autre habilité à en parler. La spécificité de la littérature, art majeur d’un Occident qui sous nos yeux se termine, n’est pourtant pas bien difficile à définir.

Autant que la littérature, la musique peut déterminer un bouleversement, un renversement émotif, une tristesse ou une extase absolues ; autant que la littérature, la peinture peut générer un émerveillement, un regard neuf porté sur le monde. Mais seule la littérature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, avec l’intégralité de cet esprit, ses faiblesses et ses grandeurs, ses limitations, ses petitesses, ses idées fixes, ses croyances ; avec tout ce qui l’émeut, l’intéresse, l’excite ou lui répugne.

Seule la littérature peut vous permettre soumisxion en contact avec l’esprit d’un mort, de manière plus directe, plus complète et plus profonde que ne le ferait même la conversation avec un ami — aussi profonde, aussi durable que soit une amitié, jamais on ne se livre, dans une conversation, aussi complètement qu’on ne le fait devant une feuille vide, s’adressant à un destinataire inconnu. Alors bien houelldbecq, lorsqu’il est question de littérature, la beauté du style, la musicalité des phrases ont leur importance ; la profondeur de la réflexion de l’auteur, l’originalité de ses pensées ne sont pas à dédaigner ; mais un auteur c’est avant tout un être humain, présent dans ses livres, qu’il écrive très bien ou très mal en définitive importe peu, l’essentiel est qu’il écrive et qu’il soit, effectivement, présent dans ses livres il est étrange qu’une condition si simple, en apparence si peu discriminante, le soit en réalité tellement, et que ce fait évident, aisément observable, ait été si peu exploité par les philosophes de diverses obédiences: De même, un livre qu’on aime, c’est avant tout un livre dont on aime l’auteur, qu’on a envie de retrouver, avec lequel on a envie de passer ses journées.

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Et pendant ces sept années qu’avait duré la rédaction de ma thèse j’avais vécu dans la compagnie de Huysmans, dans sa présence quasi permanente. Né rue Suger, ayant vécu rue de Sèvres et rue Monsieur, Huysmans est mort rue Saint-Placide avant d’être inhumé au cimetière du Montparnasse.

Sa vie presque entière en somme s’est déroulée dans les limites du sixième arrondissement de Paris — comme sa vie professionnelle, pendant plus de trente ans, s’est déroulée dans les bureaux du ministère de l’Intérieur et des cultes. J’habitais alors moi aussi le sixième kichel de Paris, dans une chambre humide et froide, extrêmement sombre surtout — les fenêtres donnaient sur une cour minuscule, presque un puits, il fallait allumer dès le début de la matinée.

Pourtant, le matin qui suivit la soutenance de ma thèse ou peut-être le soir mêmema première pensée fut que je venais de perdre quelque chose d’inappréciable, quelque chose que je ne retrouverais jamais: Pendant plusieurs années, les ultimes résidus d’une social-démocratie agonisante m’avaient permis à travers une bourse d’études, un système de réductions et d’avantages sociaux étendu, des repas médiocres mais bon marché au restaurant universitaire de consacrer l’ensemble de mes journées à une activité que j’avais choisie: Comme le note avec justesse André Breton, l’humour de Huysmans présente le cas unique d’un humour généreux, qui donne au lecteur micheo coup d’avance, qui invite le lecteur à se moquer par avance de l’auteur, de l’excès de ses descriptions plaintives, atroces ou risibles.

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Et cette générosité j’en avais profité mieux que personne, recevant mes rations de céleri rémoulade ou de purée cabillaud, dans les psf de ce jichel métallique d’hôpital que le restaurant universitaire Bullier délivrait à ses infortunés usagers ceux qui n’avaient manifestement nulle part où aller, qui avaient sans doute été refoulés de tous les restaurants universitaires acceptables, mais qui cependant avaient leur carte d’étudiant, on ne pouvait pas leur enlever çalorsque je songeais aux épithètes de Huysmans, le désolant fromage, la redoutable sole, et que je m’imaginais le parti que Huysmans, qui ne les avait pas connus, aurait pu tirer de ces carcéraux casiers métalliques, et je me sentais un peu moins malheureux, un peu moins seul, au restaurant universitaire Bullier.

Mais tout cela était fini ; ma jeunesse, plus généralement, était finie. Bientôt maintenant et sans doute assez vitej’allais devoir m’engager dans un processus d’insertion professionnelle. Ce qui ne me réjouissait nullement.

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Elles ne sont cependant pas nuisibles, et peuvent même présenter une utilité marginale. Une jeune fille postulant à un emploi de vendeuse chez Céline ou chez Hermès devra naturellement, et en tout premier lieu, soigner sa présentation ; mais une licence ou un mastère de lettres modernes pourra constituer un atout secondaire garantissant à l’employeur, à défaut de compétences utilisables, une certaine agilité intellectuelle laissant présager la possibilité d’une évolution de carrière — la littérature, en outre, étant depuis toujours assortie d’une connotation positive dans le domaine de l’industrie du luxe.

J’avais écrit une bonne thèse, je le savais, et je m’attendais à une mention honorable ; je fus quand même agréablement surpris par les félicitations du jury à l’unanimité, et surtout lorsque je découvris mon rapport de thèse, qui était excellent, presque dithyrambique: Ma vie en somme continuait, par son uniformité et sa platitude prévisibles, à ressembler à celle de Huysmans un siècle et demi plus tôt. J’avais passé les premières années de ma vie d’adulte dans une université ; j’y passerais probablement les dernières, et peut-être dans la même tel ne fut en réalité pas exactement le cas: Je n’avais jamais eu la moindre vocation pour l’enseignement — et, quinze ans plus tard, ma carrière n’avait fait que confirmer cette absence de vocation initiale.

Quelques cours particuliers donnés dans l’espoir d’améliorer mon niveau de vie m’avaient très tôt convaincu que la transmission du savoir était la plupart du temps impossible ; la diversité des intelligences, extrême ; et que rien ne pouvait supprimer ni même atténuer cette inégalité fondamentale. Peut-être plus grave encore, je n’aimais pas les jeunes — et je ne les avais jamais aimés, même du temps où je pouvais être considéré comme faisant partie de leurs rangs.

L’idée de jeunesse impliquait me semblait-il un certain enthousiasme à l’égard de la vie, ou peut-être une certaine révolte, le tout accompagné d’une au moins vague sensation de supériorité par rapport à la génération que l’on était appelé à remplacer ; je n’avais jamais, en moi, rien ressenti de semblable.

J’avais pourtant eu des amis, du temps de ma jeunesse — ou plus exactement il y avait eu certains condisciples avec lesquels je pouvais envisager, sans dégoût, d’aller boire un café ou une bière à l’intercours.

Surtout, j’avais eu des maîtresses — ou plutôt, comme on le disait à l’époque et comme on le disait peut-être encorej’avais eu des copines — à raison d’à peu près une par an.

Ces relations amoureuses se déroulèrent suivant un schéma relativement immuable.

Elles prenaient naissance en soumissio d’année universitaire à l’occasion d’un TD, d’un échange de notes de cours, enfin d’une de ces multiples occasions de socialisation, soumsision fréquentes dans la vie de l’étudiant, et dont la disparition consécutive à l’entrée dans la vie professionnelle plonge la plupart des êtres humains dans une solitude aussi stupéfiante soumiasion radicale.

Elles suivaient leur cours tout au long de l’année, des nuits étaient ldf chez l’un ou chez l’autre enfin surtout chez elles, l’ambiance glauque voire insalubre de ma chambre se prêtait quand même mal à des rendezvous galantsdes actes sexuels avaient lieu à une satisfaction que je me plais à imaginer mutuelle.

À l’issue des vacances d’été, au début donc de la nouvelle année universitaire, la relation prenait fin, presque toujours à l’initiative des filles. Elles avaient vécu quelque chose au cours de l’été, telle était l’explication qu’elles me donnaient, le plus souvent sans précision complémentaire ; michfl, moins soucieuses sans doute de me ménager, me précisaient qu’elles avaient rencontré quelqu’un. Moi aussi, j’étais quelqu’un.

Avec le recul, ces explications factuelles me paraissent insuffisantes: Selon le modèle amoureux prévalant durant les années de ma jeunesse hoouellebecq rien ne me siumission penser que les choses aient significativement changéles jeunes gens, après une brève période de vagabondage sexuel correspondant à la préadolescence, étaient supposés s’engager dans des relations amoureuses exclusives, assorties d’une monogamie stricte, où entraient en jeu des activités non seulement sexuelles mais aussi sociales sorties, week-ends, vacances.

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Ces relations n’avaient cependant rien de définitif, mais devaient être considérées comme autant d’apprentissages de la relation amoureuse, en quelque sorte comme des stages dont la pratique se généralisait par ailleurs sur le plan professionnel en tant que préalable au premier emploi.

Des relations amoureuses de durée variable la durée d’un an que j’avais pour ma part observée pouvant être considérée comme acceptableen nombre variable une moyenne de dix à vingt apparaissant comme une approximation raisonnableétaient censées se succéder avant d’aboutir, comme une apothéose, à la relation ultime, celle qui aurait cette fois un caractère conjugal et définitif, et conduirait, via l’engendrement d’enfants, à la constitution d’une famille.

La parfaite inanité de ce houellenecq ne devait m’apparaître que beaucoup plus tard, assez récemment en fait, lorsque j’eus l’occasion, à quelques semaines d’intervalle, de rencontrer par hasard Aurélie, puis Soumsision mais, j’en suis persuadé, la rencontre de Chloé ou de Violaine n’aurait pas sensiblement modifié mes conclusions. Dès que j’arrivai dans le restaurant basque où j’avais invité Aurélie à dîner, je compris que j’allais passer une soirée sinistre. Malgré les deux bouteilles d’Irouléguy blanc que je fus à peu près le seul à boire, j’éprouvai des difficultés croissantes, qui devinrent vite insurmontables, à maintenir un niveau raisonnable de communication chaleureuse.

Sans que je parvienne vraiment à me l’expliquer, il me parut tout de suite indélicat et presque impensable d’évoquer des souvenirs communs. Quant au présent, il était évident qu’Aurélie n’avait nullement réussi à s’engager dans une relation conjugale, que les aventures occasionnelles lui causaient un dégoût croissant, que sa vie sentimentale en résumé s’acheminait vers un désastre irrémédiable et complet.

Elle avait essayé pourtant, au moins une fois, je le compris à différents indices, et ne s’était pas remise de cet échec, l’amertume et l’aigreur avec lesquelles elle évoquait ses collègues masculins nous en étions venus, faute de mieux, à parler de sa vie professionnelle — elle était chargée de communication au syndicat interprofessionnel des vins de Bordeaux, et voyageait par conséquent beaucoup, en particulier en Asie, pour promouvoir les crus français révélaient avec une cruelle évidence qu’elle avait pas mal morflé.

Mon repas avec Sandra se déroula à peu près suivant le même schéma, aux variations individuelles près restaurant de fruits de mer, emploi de secrétaire de direction dans une multinationale pharmaceutiqueet sa terminaison fut en gros identique, à ceci près que Sandra, plus rebondie et plus joviale qu’Aurélie, me laissa sur une impression de déréliction moins profonde.

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Sa tristesse était grande, elle était irrémédiable, et je savais qu’elle finirait par recouvrir tout ; comme Aurélie elle n’était au fond qu’un oiseau mazouté, mais elle avait gardé, si je puis m’exprimer ainsi, une capacité supérieure à agiter ses ailes. Dans un an ou deux elle aurait laissé de côté toute ambition matrimoniale, sa sensualité non parfaitement éteinte la pousserait à rechercher la compagnie de jeunes gens, elle deviendrait ce qu’on appelait dans ma jeunesse une cougar, et cela durerait sans doute quelques années, une dizaine dans le meilleur des cas, avant que l’affaissement cette fois rédhibitoire de ses chairs ne la conduise à une solitude définitive.

J’aurais pu du temps de mes vingt ans, du temps où je bandais sous n’importe quel prétexte et parfois même sans raison, où je bandais en quelque sorte dans le vide, être tenté par une relation de ce genre, à la fois plus satisfaisante et plus lucrative que mes cours particuliers, je pense que j’aurais pu à l’époque assurer, mais maintenant bien entendu il ne pouvait plus en être question, mes érections plus rares et plus hasardeuses demandaient des corps fermes, souples et sans défaut.

Ma propre vie sexuelle, les premières années qui suivirent ma nomination au poste de maître de conférences à l’université de Paris III — Sorbonne, ne connut pas d’évolution notable.

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Je continuai, année après année, à coucher avec des étudiantes de la fac — et le fait que j’étais par rapport à elles en position d’enseignant n’y changeait pas grand-chose. La différence d’âge entre moi et ces étudiantes était quoi qu’il en soit au début assez mince, et ce n’est que peu à peu qu’une dimension de transgression vint s’introduire, liée davantage à l’évolution de mon statut universitaire qu’à mon vieillissement réel ou même apparent.

Je bénéficiai en somme pleinement de cette inégalité de base qui veut que le vieillissement houellebeqc l’homme n’altère que très lentement son potentiel érotique, alors que chez la femme l’effondrement se produit avec une brutalité stupéfiante, en quelques années, parfois en quelques mois.

La seule vraie différence par rapport à mes années d’étudiant, c’est que c’était en général moi, maintenant, qui mettais fin à la relation en début d’année universitaire. Je ne le faisais nullement par donjuanisme, ni par désir d’un libertinage effréné. Si j’interrompais mes relations avec ces jeunes filles, c’était plutôt sous l’effet d’un découragement, d’une lassitude: Je changeais d’avis en cours d’année universitaire, sous l’influence de facteurs externes et très anecdotiques — en général une jupe courte.

Et puis, cela aussi s’interrompit. J’avais fait mes adieux à Myriam fin septembre, nous étions déjà mi-avril, l’année universitaire approchait de son terme et je ne l’avais toujours pas remplacée. J’avais été nommé professeur des universités, ma carrière académique atteignait là une sorte d’accomplissement, mais je ne pensais pas que l’on puisse réellement établir de rapport.

C’est par contre peu de temps après ma séparation d’avec Myriam que je rencontrai Aurélie, puis Sandra, et il y avait là une connexion troublante, et houellebec, et inconfortable. Parce que je dus m’en rendre compte, en y repensant au fil des houellevecq Je ne pouvais, contrairement à elles, m’en ouvrir à personne, car les conversations sur la vie intime ne font pas partie des sujets considérés comme admissibles dans la société des hommes: Étais-je, vieillissant, victime d’une sorte d’andropause?